Le nettoyage en profondeur
Sur une terrasse, le tapis se salit avant de salir la pièce. Nous commençons par un balayage vers l'extérieur, pour évacuer le sable fin et la poussière de chantier que le vent a ramenés, puis par un dépoussiérage à sec conduit du bord vers le centre. Le battage fait remonter ce qui s’est logé au fond du tissage. Le test de teinture vient ensuite, sur une zone masquée. Le détachage se fait par zones, sans frotter en cercle, et le rinçage à l'eau claire n’intervient qu’une fois le tapis déchargé de son grain. Le séchage à plat demande de la place, ce que les grandes pièces facilitent. La scène que l’on revoit chaque semaine, c’est le tapis d’une terrasse exposé au vent du large, couvert d’une pellicule de sable et de poussière de chantier ramenée par les rafales. On ne le balaye pas avant de recevoir, on laisse tout entrer. Votre tapis ressort propre, comme neuf — dans la limite de ce que la matière permet.
Les tapis de luxe et les pièces anciennes
Un tapis persan ou un tapis d’Orient de grand format ne se conduit pas comme une couverture. Le nouage, fait à la main, retient la teinte dans la profondeur du nœud, ce qui la protège du frottement. La laine descend jusque dans la trame et cache, sous une apparence simple, une matière plus dense qu’elle ne le paraît. Le métier à tisser laisse une trace lisible: sous la pièce, le code de trame décrit la construction, nœud serré ou trame ouverte. Les pigments naturels des teintes anciennes, comme les teintures chimiques plus récentes, exigent le même test avant toute humidité: une couleur qui a vieilli migre à l'eau claire. Sur un grand format, le rinçage se fait par zones successives, jamais d’un bloc, afin que la pression reste la même d’un bout à l’autre. Le dos du tapis ne se lave pas. Enfin, un tapis de cette taille se déplace peu, et toujours au même endroit. Le premier examen porte sur la morphologie: la pièce est-elle nouée en profondeur, ou tissée à plat, sans le moindre nœud et ses motifs chemisés dans la trame ? La laine porte sa lanoline, graisse naturelle qui retient la poussière; les bains restent doux, et les cures d’entretien se font pièce par pièce.
Dégât des eaux et tapis sinistré
Un orage d’été peut suffire à détremper un tapis. Sur le Cap, l'eau tombe dru, ruisselle le long des murs, et il suffit d’une porte laissée ouverte sur la terrasse pour qu’elle traverse la pièce. Elle s’infiltre ensuite par la trame, remonte entre les fibres, et le tapis se gorge sans aucun signe. Au matin, on trouve une auréole sombre au pied de la porte, un tapis dont le poids a changé, et une odeur de terre mouillée. C’est le sable déjà logé dans le poil qui rend l’opération plus longue: il retient l'eau, la porte vers la profondeur, et ressort gris après le premier rinçage. Nous retirons d’abord ce qui repose sur le tapis, puis nous évacons l'eau retenue par rinçages successifs à l'eau claire, sans presser ni tordre la pièce. Le séchage reste l’opération décisive, à plat sur des tréteaux, ventilé, à l'ombre, et plus long qu’ailleurs parce que l'air se charge d’humidité.
La rénovation structurelle
Sur un grand format, la reprise se joue sur les bords et sur la chaîne. Le sable use le poil à la hauteur des passages, les lisières se défont du côté de la terrasse, et les franges, qui prennent le vent, s’arrachent plus vite qu’ailleurs. La face inférieure donne la direction du tissage, et c’est par elle que commence la reprise: chaque bord se refait dans le sens où il a été noué. Nous examinons ensuite le nouage bord à bord, à la lumière, nœud par nœud. Les lisières sont rebattues avec la laine que la pièce contient déjà, et les franges renouées une à une à leur longueur réelle. Une chaîne détrempée se retend d’abord, avant toute autre opération. Lorsque les couleurs ont migré, il s’agit d’une restauration de tapis, et nous annonçons d’avance ce qui pourra être repris. Rien ne se comble sans préparation: une lacune dans une pièce nouée main demande une remise de laine, rechaînage, retramage, puis retissage sur le métier à la densité de nœuds d’origine, au centimètre carré. Un tapis rustique à faible densité et une pièce citadine d’une grande finesse ne se restaurent pas sur la même cadence. Face à un tissage à plat, la méthode change entièrement: aucun nœud n’y existe, les motifs sont chemisés dans la trame, et la tranche comme le revers disent d’où vient la pièce.
L’enlèvement et la remise en place
Au Cap d’Antibes, la difficulté n’est pas le poids, c’est la largeur. Les allées sont étroites, les seuils bas, et les virages arrondis ne pardonnent pas. Nous relevons chaque passage avant de promettre quoi que ce soit: la largeur libre, la hauteur de l’ouverture, l’angle de la porte d’entrée, la place disponible une fois la porte franchie. Un tapis de salon ne franchit pas un seuil bas, et son pli resterait visible. Le choix se fait entre trois gestes: un transport à plat lorsque la pièce est souple, un pliage en trois pour les formats moyens, un enroulement pour les autres. Dans tous les cas, les franges restent intactes. Le tapis part à l'atelier, où le dépoussiérage, le détachage et le séchage se font dans cet ordre, puis revient à sa place exacte.
L’entretien après intervention
Sur le Cap, l'entretien se joue dehors et dedans. Le tapis d’une terrasse prend le sable tous les jours: il faut le balayer, puis l’aspirer dans le sens du poil, sans jamais rebrousser les fibres. Le sel s’y ajoute en hiver, et il suffit d’une pluie pour qu’il entre dans le tapis. À l'intérieur, un dépoussiérage à sec tous les deux mois évite que la poussière ne descende au fond du nouage. Un rideau filtrant contre le soleil protège les teintes les plus claires, et un tapis de terrasse se rince à l'eau claire et sèche dehors, avant d’être rentré. On aère les grandes pièces en fin de journée, quand la chaleur est retombée. Les détergents domestiques sont écartés: ils cassent la fibre et ternissent le poil. l'aspirateur à vapeur fait plus de tort que de bien, sa chaleur figeant ce qui dort déjà dans la fibre.