Le nettoyage en profondeur
Le premier rendez-vous, à Mougins, se fait souvent avec un chien qui rentre du jardin et piétine le tapis couvert de terre. La terre mouillée n’est pas de la poussière : elle colle, elle entre dans le poil, et elle sèche sur place si l’on ne fait rien. Il faut donc l’écarter aussitôt par le bord, sans frotter, puis traiter la zone avant qu’elle ne sèche. Le reste du protocole suit son ordre habituel, et cet ordre est ici plus important qu’ailleurs. D’abord le dépoussiérage à sec par battage, conduit du centre vers les bords, répété tant que la surface renvoie quelque chose : c’est ce geste qui retire la poussière de laque avant qu’elle ne se fixe à la teinture. Ensuite seulement le détachage, produit par produit, après test sur une zone non visible, sur les traces de verre renversé et de boisson. Puis le rinçage à l'eau claire lorsque la fibre l’accepte. Enfin la pièce est étendue à plat, ventilée, à l’écart du soleil direct : sur un grand tapis posé face à une baie, c’est de loin le geste le plus long, et c’est là que se décide la reprise de la teinte. Votre tapis ressort propre, comme neuf — dans la limite de ce que la matière permet.
Les tapis de luxe et les pièces anciennes
Dans une maison de Mougins, un tapis de luxe est d’abord une affaire de regard. Il est choisi pour ce qu’il tient dans un salon, et pour ce qu’il ne montre pas de son entretien. Les pièces que l’on rencontre le plus souvent sont de grands tapis d’Orient, des persans de salon, des berbères de pure laine, parfois une soie encadrée autour d’un panneau de laine. Le protocole tient dans trois exigences : un examen du dos du tapis et du code de trame, un test de solidité de la teinture sur une zone non visible, et un séchage qui ne se presse jamais. Sur une laine, l'eau peut se retirer par étapes, ce qui est impossible sur une soie : le fil de soie demande moins d’eau, plus de temps, et aucune chaleur. Sur un tapis de ce standing, la reprise d’une lisière défendue se fait à la main, fil par fil, sans machine.
Dégât des eaux et tapis sinistré
La pluie d’été ne reste jamais sur place à Mougins : elle descend par les joints de la pierre et disparaît dans le sol. Le problème commence quand la baie est ouverte sur le jardin, et que le vent tourne. l'eau entre en biais, atteint le tapis par son bord le plus proche, et s’étale. Un tapis de cette dimension ne se soulève pas trempé. Le geste consiste à le détremper là où il se trouve, en faisant sortir l'eau des fibres progressivement, sans le plier, ni le presser, ni le tordre, puis en le laissant à plat. Nous évacuons ce qui peut l’être sur place, et nous évitons tout transport humide, qui aggraverait le tassement de la pile. Le séchage à plat se poursuit en atelier, sur une grille qui maintient les fibres ouvertes. La ligne de fond et les lisières sont ensuite relevées, et la teinture testée pour sa solidité. Une odeur d’humidité accompagne souvent ce tableau, et la désinfection n’arrive qu’une fois la laine sèche.
La rénovation structurelle
Rétablir un tapis n’est pas une affaire de finition: c’est une remise en cohérence de sa structure. Les pièces de Mougins sont rarement de petite dimension, et cela change tout au moment de la reprise. Un grand format ne se plie pas sans laisser une empreinte : la compression de la chaîne sur toute la largeur dessine une ligne que le séchage efface à moitié, jamais complètement. Les défauts reçus sont souvent moins spectaculaires : un bord décollé après des années de plein soleil, des franges disparues sur la moitié de la largeur, une trame désalignée là où le tapis reposait contre un meuble. Les signes apparaissent d’abord sur les bords, comme toujours. Le rythme des nœuds est lu sur la partie encore saine de la bordure, les franges sont refaites à la main dans le sens du poil, et la chaîne retrouve son alignement. Le dos du tapis décide de la suite : s’il est sain, la reprise est complète ; sinon, nous stabilisons et nous vous disons précisément ce qui a été fait.
L’enlèvement et la remise en place
Au-delà du village, l'accès se complique vite, et nous ne vous le faisons pas supporter. Vous n’avez ni à descendre la pièce dans le chemin, ni à chercher où la poser. Nous venons la chercher chez vous, et nous revenons la reposer exactement où elle était. La rue principale est étroite, les chemins des villas montent, et la place pour poser un grand tapis n’existe pas toujours devant la maison. Nous passons donc un coup de fil avant de venir, afin de vérifier le stationnement et la largeur du chemin, puis nous mesurons sur place. Le tapis part à plat, porté à plusieurs mains avec appui sur le chant, ou en plusieurs bandes selon sa structure. Aucun pliage n’est décidé sans mesurer les ouvertures réelles. Tout le traitement se déroule à l'atelier, et la pièce revient ensuite à la même hauteur sur le sol, pour que la circulation dans la villa ne change pas.
L’entretien après intervention
Un tapis de Mougins s’entretient discrètement, comme il se vit. Les poussières du jardin, chargées de débris végétaux, entrent par la baie ouverte et se collent au poil ; un passage hebdomadaire dans le sens du poil suffit à les retirer avant qu’elles ne s’incrustent. Le soleil de l’après-midi est l’autre risque : il dessèche les couleurs claires et raidit la laine, et un store règle une grande part du problème. Un dépoussiérage à sec complet tous les deux mois et une aération en fin de journée complètent le rituel. Écartez l'aspirateur à vapeur : la chaleur qu’il dégage fragilise le fil. Enfin, ne marchez pas avec les chaussures du jardin sur une surface claire : une semelle transporte plus de terre qu’une aspiration mensuelle n’en retire.