Le nettoyage en profondeur
Le travail commence par un tri: la boue sèche et la boue humide ne se traitent pas de la même façon. Nous laissons sécher les traces humides sur place, car l’aspiration sur une boue liquide ne fait que l’étaler. La scène la plus fréquente ici, c’est le chien qui rentre du jardin et piétine le tapis couvert de boue: il imprime quatre pattes sur toute la largeur, et l’on aurait tort de vouloir tout nettoyer dans l’heure. Le tapis passe alors au dépoussiérage à sec, puis au battage, qui fait remonter les grains de terre restés au fond du tissage. Un détachage prudent suit, produit par produit, après test sur une zone cachée. Sur les tapis lavables de la maison, l'eau claire ne pose aucun problème: le rinçage se fait sans réserve et le séchage à plat demande une demi-journée. Le tapis d’entrée se lave plus souvent que les autres, parce qu’il prend la boue avant tout le reste. Votre tapis ressort propre, comme neuf — dans la limite de ce que la matière permet.
Les tapis de luxe et les pièces anciennes
Un tapis ancien repris en succession arrive dans un état que l’on ne peut pas deviner à l’œil. Il a souvent vécu dans une autre maison, parfois plusieurs générations, et l'usure ne se répartit pas comme sur une pièce neuve. Le centre est poli, les bords sont mangés, et les couleurs se sont assises dans le temps. Nous lisons le code de trame sur la face inférieure, qui donne le métier à tisser. Un tapis en laine tient mieux le rinçage qu’un tapis en soie, et un kilim, plus rigide, supporte moins l'eau mais se sèche plus vite. La teinture exige son test sur une zone cachée, car une couleur qui a vieilli peut migrer au premier rinçage. Quand la fibre est intacte, une réparation de tapis suffit. Quand la teinte a voyagé sur le bord, il faut une restauration de tapis, et nous disons ce qui peut revenir.
Dégât des eaux et tapis sinistré
l'eau entre dans un pavillon de trois façons. Elle imbibe la semelle et remonte par le dessous. Elle descend le long d’un mur froid, lentement, comme partout dans le Var. Elle tombe enfin d’une ouverture mal fermée au moment d’un orage, et c’est le cas le plus visible. Un appareil qui déborde produit le même résultat, et le tapis est alors pris entre deux eaux. Le symptôme ne trompe pas: une auréole sombre au bord, un poids qui a changé, une odeur de terre mouillée qui revient après l'aération. Le limon de la plaine rend l’opération plus longue, car il retient l'eau dans le fond du nouage et ressort gris au premier rinçage. Nous retirons ce qui repose sur le tapis, nous rinçons à l'eau claire par passages mesurés, sans presser ni tordre, puis nous laissons sécher à plat, ventilé, à l'ombre.
La rénovation structurelle
Les tapis de famille sont souvent des tapis lavables choisis pour durer. Leur faiblesse, ce sont les bords: le tapis d’entrée est repoussé chaque jour, tiré sur le seuil, et la lisière s’use avant tout le reste. Le limon entre dans le fil et le rend cassant, et les franges se cassent net au lieu de se défaire. Sous la trame, le code indique ce que le tissage a produit et dans quel sens il court. Nous examinons la chaîne avant tout, parce qu’elle tient tout le reste: si elle est détendue, nous la remettons en tension sur le métier. Les lisières suivent, reprises avec les fils déjà présents dans la pièce, jamais rapportées. Les franges sont renouées une par une, chacune à sa longueur d’origine. Quand la teinture a migré sur le bord, il ne s’agit plus d’une réparation mais d’une restauration complète, dont nous bornons le périmètre. Le limon travaille un bord sans bruit: il s’incruste dans le fil de la lisière, le rend cassant, et la première traction l’ouvre; on dégarnit donc la lisière avant de la refaire, fil par fil, dans le sens où le métier l’a nouée. Un point d’arrêt, noué dans la partie encore saine, arrête l’effilochage avant qu’il ne remonte vers le centre; si la chaîne tient, un tressage terminal referme le bord comme une bordure. Disparues, les fibres du bord reviennent par greffe, une à une, à leur longueur d’origine.
L’enlèvement et la remise en place
Dans un pavillon, l'accès est souvent plus simple qu’on ne le croit. Le tapis sort par la porte du jardin, et la place devant l’allée suffit pour le poser à plat avant de l’envelopper. Reste l'escalier, quand le tapis est posé à l'étage. Nous mesurons la largeur de l'escalier, la hauteur de l’ouverture et l’angle du virage, car une pièce de salon ne se plie pas sans laisser de pli. Un tapis d’entrée étroit se roule sans dommage. Entre le pliage court, le pliage en trois et l’enroulement, nous choisissons selon la structure, jamais en coupant les franges. Le tapis part à l'atelier, et la remise en place se fait sur l’emplacement où il était posé, séchage terminé.
L’entretien après intervention
Dans un pavillon, l'entretien tient en trois gestes. On balaie le tapis d’entrée avant d’aspirer, pour enlever les grains de terre sans les faire rentrer dans le poil. On aspire toujours dans le sens des fibres, et on ne rebrousse jamais, parce que la boue sèche travaille alors comme du verre pilé. Enfin, un dépoussiérage à sec complet, deux fois l’an, suffit à empêcher le limon de s’installer. Les détergents de la maison sont écartés: leur film colle la poussière du jardin. l'aspirateur à vapeur est à proscrire, sa chaleur figeant la terre au fond du poil. Un tapis posé sur un tapis de protection respire mieux, et l'odeur de chien disparaît bien plus vite quand le support ne la conserve pas.