Le nettoyage en profondeur
Un tapis de famille n’arrive pas à Vallauris avec une seule tache : il arrive avec des années. Le nettoyage en profondeur commence donc par un examen de la fibre, avant d’être un inventaire de taches. Vient un dépoussiérage à sec, du bord vers le centre, indispensable ici parce que la poussière blanche d’atelier s’incruste au poil dès qu’elle est humide. Le détachage se conduit substance par substance, une fois l’essai fait sur une portion en retrait. La scène, ici, ce sont les enfants qui s’installent sur le tapis et y laissent tout ce qu’ils ont : craie, terre, compote, miettes, sable de la cour. Nous séparons les débris solides avant tout contact avec un liquide, faute de quoi la trace s’étale à travers la fibre au lieu de se retirer. Le rinçage à l'eau claire, quand la laine le permet, et le séchage à plat, ventilé et tenu à l’écart du soleil, achèvent le travail. Votre tapis ressort propre, comme neuf — dans la limite de ce que la matière permet.
Les tapis de luxe et les pièces anciennes
Dans les maisons de Vallauris, le tapis de luxe arrive le plus souvent par héritage. Une aile de tapis persan étendue dans une pièce de réception, un tapis berbère noué serré, une pièce de laine fine que la famille a toujours déclarée lavable sans qu’on l’ait jamais vérifiée : c’est là que le problème apparaît. Nous contrôlons la densité des fibres, la solidité de la teinture et la largeur du code de trame, puis nous testons une zone masquée au milieu et sur le dessous, avant de décider quoi que ce chose. Les couleurs naturelles, dans une pièce qui reçoit l'humidité marine, sont les premières à migrer, et le soleil de la baie achève le travail sur les teintes claires. À ces pièces s’ajoutent celles qui arrivent d’ailleurs, et d’abord ce qui passe par la mer : les deux rives du Maghreb ont longtemps maintenu des liens avec cette côte, par le commerce maritime et par les familles installées ici. On en voit arriver des laines non blanchies et denses, des compositions géométriques où le noir, le brun et le rouge brique se répondent sans fond. Leur densité protège du passage mais retient l'eau au fond du nœud : le rinçage se conduit par zones, sinon l’auréole remonte. Plus rare, dans une commune de villas louées et de familles en vacances, une tenture de Tamanrasset ramenée d’un voyage dans le Hoggar, aux teintes ocre et indigo : sa rusticité n’est pas un défaut à corriger, et la reprise se conduit sans chercher à lisser le rude du tissage.
Dégât des eaux et tapis sinistré
Ce qui change ici, c’est que l'eau ne vient jamais d’un seul côté. Sur un terrain en pente, la pluie d’un orage tombée sur la terrasse supérieure, la condensation d’une baie froide et l'humidité du jardin agissent ensemble, et le tapis posé près de la fenêtre en subit les trois effets à la fois. Il se détrempé par le bas, garde l'eau dans la touffe, et son poids change en quelques heures. Nous l’ouvrons sur place, sans le déplacer, et ce qu’il retient est évacué par des rinçages menus à l'eau claire, la pièce restant posée. Le séchage se poursuit, la pièce posée à plat, ventilée, à l'ombre, et il s’éternise, parce que l'air du littoral reste chargé. La sous-couche se contrôle avant la remise en place : si elle est imbibée, elle rendra son eau au tapis dès qu’il aura retrouvé sa place. La ligne d’eau passe ensuite au crible : contours durs des auréoles, teinture qui a pu migrer, moisissure sur les fibres, et une désinfection referme le protocole.
La rénovation structurelle
Un tapis de famille ne se rénove pas d’un seul geste. Il est tiraillé, déformé, et ses lisières se chevauchent là où la pièce a changé d’usage plus d’une fois. Les franges manquent au milieu, mangées par les passages de l'aspirateur ; le bord s’est décollé du côté de la baie, où l'humidité marine a travaillé la colle. Nous retrouvons le code de trame d’une lisière encore saine, nous rebattons le bord dans le sens d’origine, et nous refaisons les franges en respectant le compte de la chaîne. La chaîne distendue se retend sur le métier, sans jamais ajouter une bande rapportée par-dessus. Sur une pièce ancienne, nous signalons d’avance ce qui ne partira pas : une teinte rongée par le soleil, une bordure décolorée au même endroit depuis des années. Tant que le bord de référence existe, la reprise est complète ; sinon, elle reste partielle, et nous le disons avant de commencer.
L’enlèvement et la remise en place
La difficulté n’est pas le tapis, c’est l'accès. Nous relevons le chemin, la largeur du portail, la place disponible devant l’entrée, la hauteur libre sous les surplombs et l’angle des virages. Un tapis large franchit rarement le passage que l’on suppose. Le transport se décide une fois ces mesures prises. La pente ajoute sa contrainte à la largeur : ce qui passe en ligne droite ne franchit pas toujours le virage. Selon la structure, la pièce part pliée court, repliée en trois ou enrouée sur elle-même. l'atelier enchaîne ensuite le dépoussiérage, le détachage, le rinçage et le séchage à plat. Le tapis revient ensuite dans sa pièce, à l’emplacement d’origine. Quand aucun passage n’est possible, nous traitons la zone concernée sur place.
L’entretien après intervention
l'entretien d’un tapis de famille se fait au rythme de la maison. Dans une pièce où les enfants jouent, l’aspiration quotidienne ne suffit pas : les débris solides se ramassent à la main d’abord, sinon ils s’enfoncent à chaque passage. Le dépoussiérage à sec revient tous les deux mois, avant que la poussière blanche d’atelier ne se fixe dans la trame. l'air marin impose un autre rythme : aérer quand la chaleur est retombée, jamais au soleil, et éloigner tout ce qui retient l'humidité autour du tapis. N’utilisez pas d’aspirateur à vapeur sur une pièce déjà fragile. Un tapis de protection sous la table des enfants, lavé et changé souvent, préserve le tapis d’origine.